Jean-Michel Jarre : «Les Gilets jaunes sont un électrochoc pour le monde»



Jean-Michel Jarre : «Les Gilets jaunes sont un électrochoc pour le monde»

  Jean-Michel Jarre, qui vient de sortir deux albums et sera le fil rouge de plusieurs documentaires sur Arte l’an prochain, soutient la contestation sociale en France.

Deux albums, une série d’émissions spéciales sur l’espace sur Arte à partir de janvier, un festival électro parisien dont il est le parrain devait avoir lieu le week-end prochain, mais a été annulé… en raison des « possibles manifestations de Gilets jaunes». Jean-Michel Jarre est sur tous les fronts.

Il décolle cet après-midi pour les Etats-Unis où il va faire la promotion de « Planet Jarre », passionnante compilation qui marque ses 50 ans de carrière, et de « Equinoxe Infinity », prolongement XXL de son deuxième album au succès planétaire, dont on fête le 40e anniversaire.

Précurseur des musiques électroniques, mais aussi du discours écologique, le musicien français ne va pas manquer d’être interrogé par les médias américains sur la crise des Gilets jaunes. Voilà ce qu’il va leur répondre et qu’il nous a confié ce mardi chez lui, à Paris. Un discours qui va surprendre car s’il n’est pas le premier artiste à soutenir ce mouvement, il est celui qui va le plus loin dans l’analyse des causes.

«Avec ma mère dans un petit deux-pièces»

« En ce moment, je suis très fier d’être français et je suis fier des Gilets jaunes, dit-il. Je me sens très proche d’eux, comme chacun. On a tous en nous des Gilets Jaunes. Jacline Mouraud, l’une de leurs porte-parole, me fait penser à ma mère. Quand mes parents se sont séparés (NDLR, son père est le célèbre compositeur de films Maurice Jarre, qui est parti vivre aux Etats-Unis, sa mère France, était une figure de la Résistance lyonnaise), j’ai vécu avec ma mère dans un petit deux-pièces en banlieue sud. Elle ramait pour gagner sa vie, je l’aidais en même temps que je faisais mes études. »

Jean-Michel Jarre se dit aujourd’hui « très privilégié ». « Le destin a fait que j’ai fait de la musique, que j’ai rencontré un public et que je m’en suis sorti. J’ai eu beaucoup de chance, mais je n’oublie pas que ça fait partie de nos familles. C’est pour cela que je suis très fier d’être français. Parce que nous sommes le seul pays au monde historiquement à être capable de descendre dans la rue quand un système ne va pas pour dire non. Les médias américains cyniquement disent que nous sommes ingouvernables. Mais il ne faut pas qu’ils oublient que nous, on n’a pas Trump. Et on n’aura jamais Trump. »

« Un électrochoc pour le monde entier »

Le musicien et compositeur n’est pas le seul artiste à soutenir les Gilets Jaunes. Mais lui va plus loin : « La réaction des Gilets Jaunes dépasse Macron, le gouvernement et la France. C’est une réaction par rapport au fait que la société ne fonctionne plus globalement dans le monde. Comme l’a dit un Gilet jaune, on ne pourra régler la fin du monde que si l’on règle la fin du mois. Et ça, c’est un problème mondial. Et une nouvelle fois, après la Révolution française, la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale – « ma mère a été une grande résistante pendant la guerre » rappelle-t-il -, Mai 68, la France est pionnière. »

VIDEO. Jean-Michel Jarre : « Les Gilets jaunes, des lanceurs d’alerte pour la planète »


En tant que président de la Cisac (NDLR : la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs), Jean-Michel Jarre est aussi concerné. « Cette révolte, c’est un problème beaucoup plus fondamental que la hausse des taxes. Il touche tous les domaines, y compris l’art et la culture. A ce niveau-là aussi, je mène depuis un moment un combat pour changer le système avec les Gafa (NDLR, Google, Amazon, Facebook, Apple), qui nous considèrent comme des colonisés numériques. Mais seul, on ne peut rien. Pourquoi Nicolas Hulot est-il parti du gouvernement ? Il n’y a que de manière collective que l’on pourra changer les choses. »

« On doit changer de système profondément, mondialement, estime Jean-Michel Jarre. Et les Gilets jaunes envoient un signal au monde. Pour la sortie de mes albums, je voyage partout et les gens disent la même chose, des Etats-Unis à la Pologne, de l’Italie à l’Angleterre. Jacline Mouraud dit des choses qu’un Chinois, un Russe, un Portugais, pourraient dire. Evidemment que la violence est intolérable, inacceptable, mais en même temps, ces images, c’est un électrochoc pour le monde entier. Tout d’un coup, il y a un pays qui dit stop. »

Source: leparisien




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